La Trans Galerie 2017 : So Strange !

Dessiner, oui, mais pourquoi toujours de la même manière ? Serait-il si étrange d’utiliser d’autres encres par exemple ? Pourquoi pas des cheveux, ou de la cire, ou des moisissures ? Pourquoi toujours sur du papier ? On peut dessiner sur des os, ou sur tout ces objets que nous utilisons quotidiennement, sur des assiettes, des bouteilles de produits vaisselle ou de lessive. On peut aussi, à l’heure de l’informatique triomphante, fabriquer d’étranges mécaniques à dessiner, sans même un transistor. La Trans Galerie vous invite à découvrir le monde étrange des plasticiens qui dessinent autrement.

  • Vanité, encre sur verre, Corine Borgnet
  • Oeuvre de Jean-Baptiste Perrot à partir du numérique
  • Oeuvre faite à partir d'une machine à dessiner, Rodolphe Baudouin
  • Ils vont lombaires, fait avec des cheveux, Claudie Dadu
  • Mes tresses s'amusent, Aurelie Dubois
  • Beaucoup d'effort, peu de résultat - Jessy Deshais
  • Beaucoup d'effort, peu de résultat - Jessy Deshais
  • 4 assiettes dessinées de Glen Baxter

So Strange vous propose cette année des œuvres vraiment atypiques. Des dessins sans au crayon et sans papier. Ils dessinent sans les mains, avec les cheveux, sur des bouteilles ou encore sur des os ou par machine interposée. Au milieu de l’océan de papier qu’est le SoBD, avec ces merveilles, un petit ilot de dessin aussi, mais autrement.

7 artistes invités

Distant du branché à tout prix, Rodolphe Baudouin définit volontiers son travail comme celui d’un artisan hors des modes et des circuits. Son geste créatif toujours fondé sur le sincère, met en lumière la vérité de son humanisme. C’est en ce sens, qu’il est au-devant des questionnements d’une modernité revenue des spéculations froides assistées par ordinateur. Il y a chez ce sculpteur, dessinateur, metteur en installation, une éducation esthétique halée à l’art ludique, ses pièces empruntant aux morphologies des toons, aux  dioramas du modélisme, aux cadrages des planches de la bande dessinée.

Célèbre pour ses dessins surréalistes et absurdes, c’est après avoir découvert le surréalisme et le dadaïsme (de Chirico, Picabia, Magritte, Ernst, Beckett, Roussel…) que Glen Baxter développe une appétence pour le non-sense, l’incongru, l’ironie. Jouant avec les associations entre textes et images, il agrémente ses dessins de commentaires pour obtenir des effets de décalage, une incongruité commune du texte et de l’image, nouant un rapport intense avec la langue et ses sonorités. Au burlesque de la situation dépeinte répond le grotesque d’un commentaire énoncé le plus sérieusement du monde. Son travail se trouve dans les collections de la Tate Gallery, du V&A Museum à Londres ainsi que dans de nombreux musées et collections privées à travers le monde. Glen Baxter est l’auteur de plusieurs ouvrages, publiés en anglais et en français. Ses dessins ont illustrés de prestigieux magazines The New Yorker, The Independent on Sunday, Vanity Fair, Le Monde

Artiste plasticienne, Corine Borgnet vit et travaille à Paris. Depuis 2002, elle développe un travail protéiforme, tant techniquement que symboliquement, privilégiant trois thèmes principaux qui s’entremêlent et s’entrechoquent : l’enfance (The Young), le monde du travail (Office Art) et l’absurde (Cabinet de curiosité). Ils fusionnent dans la série récente Duels. Son adage, une formule d’Alphonse Allais : « Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant ». Ses œuvres sont présentées dans des expositions personnelles et collectives, en France comme à l’étranger.

Au premier  abord, de loin, on ne perçoit que des cadres vides, questionnant ainsi le point de vue du regardeur qui, selon la distance de perception, voit progressivement apparaître ou disparaître le dessin. Economie de moyens extrême au rendez-vous, Claudie Dadu dessine avec un résidu corporel détachable qu’est le cheveu mort en l’associant à une vivacité graphique. A travers son dispositif,  il devient élément de rattachement, de ralliement à la vie, un lien poétique. Cette ligne organique opère et incarne le lien concernant un discours avec et sur  le corps, enjeu social, politique et esthétique. Le tracé,  secrété avec la  finesse et  la légèreté du cheveu renvoie ici, non sans  humour et sensualité, à l’état de suspension due à la fragilité de la vie charnelle. Ses représentations graphiques, organiques et spatiales s’articulent, de façon unique et décalée, du corps au langage.

Jessy Deshais, que la pratique protéiforme mène de l’installation vidéo à la sculpture de livre, est une redoutable observatrice du monde contemporain, explorant inlassablement ses propres démons comme ceux qui agitent le monde. Des douleurs et des rêves de l’enfance, de la violence faite au corps, elle tire des œuvres d’une humanité qui n’a peur ni des mots ni des images, se joue des bienséances, des codes et des réalités, fussent-elles organiques. Elle porte ainsi un regard à la fois critique et acerbe, décalé et sans détours sur la trivialité de la réalité. Depuis plusieurs années, elle développe un corpus d’œuvres diverses comme l’expression mêlée de son bonheur de vivre et de sa profonde déception face au monde.

Le travail qu’elle s’impose est la transformation des choses invisibles, tues, sales ou vilaines. Porter un regard sur l’inexistant, contre-balancer les visions en leur accordant un temps précieux révélant leur beauté. Faire avec rien ou presque et opposer violence à fragilité, douceur à lourdeur comme une quête permanente d’équilibre.

L’œuvre d’Aurélie Dubois est protéiforme. Son travail revêt en toile de fond l’idée d’une garde, une garde artistique. Se défendant de tout classicisme et consciente des troubles actuels, Aurélie Dubois questionne les totems et autres tabous présents au cœur de nos sociétés. Dans un contexte où certains mots ne sont plus à dire, dans un monde où l’on veut nous imposer certaines censures, il semble important de pouvoir affronter nos réalités au delà des divergences et des extrémismes, en restant en alerte, sur le qui-vive. Ainsi sont abordées dans son travail ces questions, d’une résonance si contemporaine, que sont celles de la folie, des sexes et de ces réprouvés que la société ostracise.

Artiste peintre, Barbara Navi vit et travaille à Paris. Elle procède par l’accumulation de divers matériaux iconographiques : des dessins, des photos et de courts films. L’hétérogénéité des thèmes et des contenus narratifs de ces matériaux lui permet de décontextualiser avec plus de spontanéité une pièce ou un détail de premier ou de second plan. Elle effectue des associations libres entre ces éléments suivant des affinités plastiques, chromatiques ou narratives. Barbara Navi explore notre sentiment de perplexité face à un monde devenu incertain, déroutant, transitoire.

Né en 1972 au Havre, Jean-Baptiste Perrot vit et travaille à Paris. Il convertit physiquement l’imagerie numérique en matière (encre, crayon, peinture). Plus précisément ce sont les dysfonctionnements des nouvelles technologies qui sont à la base de son travail, l’amenant à intégrer dans ses créations les erreurs informatiques, bugs et autres « glitches » qui viennent perturber l’iconographie digitale. Il se les approprie comme révélateurs d’espaces de liberté inattendus dans un monde digital où tout est codé, normé, pensé pour un objectif prédéfini, où le « zéro défaut » est censé être de mise. Réinterprétée dans la matière, une certaine forme de réel reprend ses droits dans ce monde virtuel.

Œuvres présentées (parmi d’autres)

La Trans Galerie

« Petite, je transgressais. Au kiosque de la gare, d’où partaient les transports de troufions, j’achetais les petits formats, ces BD de poche au goût sulfureux. Zembla, Pif et compagnie. Je rentrais chez moi, transie par l’appréhension, mais déjà en transe dans l’attente du plaisir de la lecture. Une lecture rapide, fébrile, transitoire. Ce désir transgressif ne m’a pas quitté, mais c’est sous d’autres formes qu’il me transfigure. Transmuons ces formes, transfusons la charge de l’une dans l’autre puisque l’une et l’autre ont fait la même vie. Puis transmettons tout ça. »

Ce témoignage d’une artiste plasticienne, dont, de prime abord, le travail n’évoque en rien la bande dessinée, nous a conduits à élaborer au sein même du SoBD, le salon de la bande dessinée au cœur de Paris, un espace transgenre. Nous y accueillerons les transfuges, ces artistes contemporains, travaillant la surface comme le volume, le fixe comme le mouvement, le temps d’une brève incursion sur un autre territoire.

Aux amoureux de la bande dessinée, nous offrirons le spectacle certainement déroutant de transmigrations évanescentes, c’est-à-dire dire d’œuvres transperçant les murs bâtis autour des disciplines.

Renaud Chavanne, fondateur du SoBD
Corine Borgnet, artiste plasticienne